Andy Warhol, l’art et le capitalisme

Andy Warhol, bien que connu pour avoir réalisé les sérigraphies les plus chères de l’Histoire (Marilyn Monroe, Mao, ou d’autres personnalités des années 1960) est allé beaucoup plus loin dans le processus artistique.

Il a industrialisé l’art, la chose la plus, en théorie éloignée du consumérisme. Il avait pour idée de rapprocher ses œuvres du capitalisme absolu qui animait les États Unis. C’était l’Après Guerre, l’économie était au beau fixe, c’est l’âge d’or du cinéma américain. Le New York des sixties était baigné d’une atmosphère particulière. Les drogues dures étaient monnaie courante, le Sida n’existait pas et il était interdit de vendre de l’alcool aux homosexuels.

Warhol a également rendu la production elle-même des œuvres industrielle. Il voulait produire de l’art « en masse » tout comme on produisait des voitures, de l’électroménager. Il vivait pleinement son époque et voulait intégrer à ses œuvres toutes les évolutions qu’il pouvait saisir. Il définit le pop art comme étant : « Le Pop Art […] consiste à seulement prendre ce qui est dehors et le mettre dedans, ou à prendre ce qui est dedans et le mettre dehors, à introduire des objets ordinaires chez les gens. Le Pop Art est pour tout le monde”

Warhol voulait désacraliser l’art, le rendre le plus accessible possible. Sa représentation désormais célèbre de la Campbell Soup est un exemple probant.

La Silver Factory

La Factory, située dans l’ancien atelier de Warhol lui-même, près de Grand Central Station en plein cœur de Manhattan était un lieu de création, de réflexion, de fête, de débauche, d’exposition. L’art y était produit à la chaine.

Warhol était entouré d’artistes qu’il dirigeait, ses Superstars qui avaient chacune des spécificités différentes : le Velvet Underground, Billy Name, Gerard Malanga (photographes), Nico (mannequin et chanteuse), Ultra Violet (plasticienne)… La force de la Factory était sa diversité et sa capacité de création infinie.

C’était un lieu ouvert au public et Warhol s’est rapidement constitué une communauté qui gravitait autour de lui et qui n’existait que grâce à lui : inconnus en mal de célébrité, artistes maudits, admirateurs, tous souhaitaient bénéficier de l’aura de Warhol. « A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité » comme il disait. Edie Segwick, illustre inconnue est devenue la Superstar emblématique de la Factory, que Warhol considérait comme son double en femme.

Warhol demanda à Billy Name de redécorer les murs de la Factory. Tout deviendra alors argenté et recouvert de papier d’aluminium. La Factory est baptisée Silver Factory. La seule touche de couleur proviendra des œuvres produites mais également d’un canapé rouge que Billy Name, lors d’une balade nocturne sous acide, trouva dans la rue en bas de l’immeuble. Il fut rapidement adopté au milieu du loft et fut le témoin de nombreuses descentes de drogues des résidents.

 

Warhol : artiste businessman et intransigeant

Warhol voulait produire de l’art à échelle industrielle et travaillait 24h/24 sur ses œuvres et demandait aux résidents de la Factory d’en faire autant en contrepartie de matériels et de ressources qu’il mettait gracieusement à leur disposition. Cependant, le rythme imposé par Warhol était insoutenable et certains de ses protégés ne supportaient plus l’emprise qu’il avait sur eux. La célèbre banane de l’album The Velvet Underground & Nico a été réalisée par Warhol. La banane jaune était autocollante, on pouvait la décoller, en dessous se trouvait une banane rose. Une rumeur affirme que du LSD était mélangé à la colle. Peu de temps après sa sortie, suite à un différent entre Warhol et les distributeurs, l’album est retiré du commerce, ce qui pousse le Velvet à se détacher de l’emprise de Warhol.

 

Warhol noyait les individualités de chacun au profit d’un collectivisme artistique, d’une communauté.

Drogués, transsexuels, drag queens, musiciens, peintres, danseurs, marginaux, homo, hétéro, tous voulaient contribuer à cette effervescence artistique portée par Warhol qui les mettait aussi en vedette dans ses œuvres. Toute cette ébullition créatrice entourée de drogues dures et de débauche a rendu célèbre ce lieu de production devenu œuvre à part entière.

Le principe de la Factory est remis en cause lorsque Valerie Solanas, ancienne résidente tire à trois reprises sur Warhol dans le hall de l’immeuble. Elle déclarera aussi à la police que Warhol avait trop de contrôle sur sa vie. Le plus difficile n’était pas tant d’intégrer la Factory mais plutôt de réussir à en sortir et d’exister sans elle.

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